Sajama – Chipaya : le Far West Bolivien et le beau pays des Chipayas

Nous partons du village de Sajama le dimanche 9 septembre 2018 les sacoches pleines de victuailles. Le village de Sajama est tout petit, mais comme il y a un peu de touristes, les magasins ont quelques trésors culinaires : des délicieux biscuits (fabriqués au Chili, on se met à adorer tout ce qui est fait au Chili et encore plus les grandes marques comme Nestlé qui font des produits qui siéent à nos papilles d’occidentaux, un comble…), des pâtes chinoises, de l’avoine, du quinoa, de la farine de blé, un peu de fruits et légumes et le met suprême : de la purée mousseline ! Bref, tout cela nous garantit quelques jours sans riz ;).


Nous avons décidé de suivre le trajet Sajama, lac de Macaya pour rejoindre le salar de Coipasa et le salar d’Uyuni, trajet conseillé par nos amis Julien Leblay, Pauline et Micka, dont la description figure sur le site de Harriet et Neil Pike et que nous avons en partie suivi.

La route qui part de Sajama ne nous dépayse pas trop : tôle ondulée et sable… A choisir, nous préférons la tôle ondulée car au moins nous pouvons pédaler, même si nous nous faisons bien secouer. Nous alternons entre « poussette » dans le sable (comme dit Pascal) et vélo à petite allure sur la tôle ondulée.

Le Sajama est maintenant dans notre dos, le paysage est sablonneux avec des petits buissons et des volcans à l’Est sur la frontière Chilienne. Les tornades viennent parfois nous dire bonjour avec leur lot de sable qui rentre partout !

Sortis du parc, nous roulons sur une route goudronnée pendant 10 km, juste le temps de nous rappeler (au cas où nous nous mettrions à regretter le bitume 😉 ) que nous sommes bien mieux sur nos pistes sablonneuses : des dizaines de camions roulant à toutes allures nous doublent. Le vent fort du soir ressemble à une tempête de sable, il s’infiltre partout dans la tente. Rapidement, partout où Pascal l’avait enlevée par la grande lessive aux bains chauds, la poussière revient en force… C’est ça vivre dans les éléments de la nature !

Un soir, Pascal et Olwéane aperçoivent au loin de grands oiseaux qui partent en courant sans que l’on puisse s’en approcher. Ils semblent extrêmement farouches. Ce sont des Nandous de Darwin (Ñandú, Pterocnemia pennata), des oiseaux qui ne volent pas, tout comme les autruches, les émeus ou les kiwis. Ces oiseaux-là mesurent près d’un mètre de haut et se nourrissent surtout de plantes, d’insectes et de petits vertébrés. Ils peuvent courir jusqu’à 60 km/h.

Le lendemain (mardi 11 septembre 2018), nous arrivons au village de Pampa Mogachi pour prendre de l’eau et voir s’il y a du pain à acheter. Lorsque nous nous y arrêtons, nous avons l’impression que tout le village vient à notre rencontre, en particulier, tous les écoliers et leurs enseignants qui sortent de l’école ! Après avoir acheté du pain et – oh miracle – des empanadas, nous décidons de visiter l’école. Il y a 7 écoliers pour … (cela va faire rêver nos enseignants en France) 2 enseignants ! C’est une école « à la frontière » et, comme toutes ces écoles, le gouvernement garantit la présence d’un enseignant, même avec un seul élève.

Auparavant, il y avait plus d’une vingtaine d’écoliers, mais l’exode rural est passé par là. Dans les campagnes boliviennes, les enseignants viennent de villes assez éloignées (ceux de cette école viennent d’Oruro, ville située à plus de 300 km), il leur faut parfois plusieurs heures de minibus (ici, les gens n’ont pas de voiture et se déplacent en transport en commun) et de marche pour rejoindre leur école chaque semaine. Les cours ont lieu toute la journée, mais se terminent le vendredi à midi, pour laisser les enfants le temps d’aider leurs parents aux champs ou à l’élevage. Les villageois se relaient à tour de rôle pour préparer les repas pour les écoliers, le petit déjeuner et le déjeuner. Les ingrédients sont fournis par la municipalité.

Au programme de l’éducation nationale, il y a la culture de légumes dans une serre et des pommes de terre. L’enseignant nous dit que les gens utilisent de plus en plus les tracteurs, ce qui épuise les sols. Il considère les villageois bien lotis avec l’électricité et un point internet à l’école, allant presque à se demander pourquoi ils partent ! Après un petit temps de connaissance, les écolier et nos filles se mettent à jouer ensemble au loup et aux bulles de savon. Les filles sont sidérées que les écoliers puissent sortir comme ils veulent de l’école pendant les pauses pour aller acheter des friandises ou autre (bon, nous, nous n’avons pas vu de magasin dans le village).

L’enseignant est très intrigué par la France et notre voyage. Comme la plupart des Boliviens, l’enseignant ne situe pas la France mais si nous précisons que nous sommes voisins de l’Espagne, son visage s’éclaire. Il nous demande ce qui est différent dans notre pays. Par où commencer ? La plupart des routes sont asphaltées – incroyable ! -, dans les maisons, les pièces communiquent les unes aux autres, pas besoin de passer dehors, les maisons sont isolées et il y a du chauffage – ah bon ! –, il n’y a ni lamas, ni chuños – c’est possible ça ? – …

Il nous demande aussi à qui bénéficie notre voyage et si l’Etat français nous finance pour une telle expédition (ah, tiens, ce serait une bonne idée ça 😉 ) ! Avec nos mots, nous tentons d’expliquer : notre vie à courir dans tous les sens en France, l’envie et la curiosité de découvrir le monde, d’aller à la rencontre des gens, de passer du temps avec nos enfants et de leur montrer la diversité des cultures et des environnements de notre planète… et que personne ne bénéficie spécialement de notre voyage.

Lorsque nous repartons, toute l’école nous suit et les écoliers s’empressent d’aider les filles à pousser leur petit-vélo dans l’eau (à cet endroit, le lit de la rivière et la piste ne font qu’un) !

Le soir, nous arrivons à Macaya, autre petit village frontière, mais avec un poste militaire celui-là. Nous en profitons pour y faire de l’eau, pendant qu’eux font cuire leur pain au feu de bois. Ils sont 50 et luttent contre la contrebande avec le Chili.

Nous nous posons un peu plus loin à côté du magnifique lac de Macaya. Après tout ce sable et ces paysages secs, ce lac nous fait l’effet d’une bouffée d’air frais : des flamants majestueux se restaurent, les couleurs bleus, jaunes et vertes complètent le tableau. Des trois espèces de flamants présentes dans la région, il est difficile de faire la différence de loin : les flamants des Andes aux pattes et pieds jaunes (Phoenicoparrus andinus), du Chili aux pattes grisâtre et au bec noir à moitié (Phoenicopterus chilensis) et James aux pattes rouges et au bec jaune à pointe noire (Phoenicoparru jamesi). Le coucher puis le lever de soleil ajoutent des teintes de rouge-orange somptueuses.

Le vent d’ouest redouble en soirée nuit, nos arceaux se plient mais tiennent bon, le sable, encore lui, s’invite dans nos tentes. Les pistes sablonneuses continuent.

Sur le chemin, nous visitons des « chullpas », monuments funéraires qui datent de 1 400 an après JC. Celles que nous visitons sont rectangulaires et auraient été dédiées aux personnes de haut rang. Leur ouverture est le plus souvent tournée vers le soleil levant.

Notre vitesse moyenne continue de chuter dans ces plaines immenses, nous devons fréquemment faire des allers et retours pour aider les filles à pousser le petit vélo. Ces paysages et le sable commencent à grignoter nos énergies.

Pascal sort alors notre (dernière ?) cartouche : tirer le petit vélo avec un simple bout (cordelette), rapidement amélioré avec la sangle de la sacoche de guidon du petit vélo et deux bouts de chambre à air aux extrémités pour amortir les chocs ! C’est l’euphorie dans la troupe, à présent les filles se bousculent pour aller sur le petit vélo et y rester le plus longtemps possible ! Vous avez bien sûr deviné qui tire le petit vélo ? C’est celui qui a le vélo le plus lourd : Pascal, surnommé pour l’occasion « superman papa » !

Le soir, le vent violent se lève de nouveau et nous trouvons abris dans un hameau (Chinchillali) composé de quelques maisons construites en adobe. Les filles s’empressent de grimper et dévaler la dune qui se trouve derrière, comme quoi, elles ont encore plein d’énergie ces petites !

Le soir, nous mangeons à la lueur de nos frontales à l’abri du vent dans une petite maison abandonnée. La nuit, les lamas reviennent tous seuls dormir dans le corral, mais personne ne vient dans le village avec son tas de bois sur le dos, à notre petite déception (les filles aimeraient voir la « suite » de l’intérieur du corps d’un lama !).

Nous arrivons à Julo, petit village à la place toute refaite récemment.

Place du village de Julo, toute neuve, comme dans beaucoup de villages.

Vous pouvez aisément deviner ce que nous cherchons en premier lorsque nous débarquons dans un village : de l’eau et l’épicerie ou même les épiceries si le village est assez gros. En l’occurrence, à Julo, il n’y a qu’une épicerie mais qui est plutôt bien achalandée : St Nectaire, Comté, saucissons, beurre, crème fraîche, confiture de myrtilles, des caisses de fruits, etc. Ahhhhh, vous y avez cru n’est-ce pas !? Revenons à la réalité : du riz, quelques boîtes de poissons (nous préférons les chiliennes au détriment des boliviennes, désolé !), des biscuits (pas des Nestlé, dommage !), des bouteilles de soda (allez hop, une bouteille de Coca pour les petits maux de ventres, ça fait du bien !)… La propriétaire du magasin est adorable et nous emmène chez elle pour nous vendre ses réserves de pâtes, farine, oignons et fromage. C’est la première fois que nous entrons dans une maison d’une Bolivienne de « classe moyenne » (à ce qu’on peut ressentir). Elle cultive devant chez elle : pommes de terres, fèves, ail, carottes, tout pousse à la saison des pluies ! Comme très souvent, l’unique robinet d’eau est à l’extérieur. A l’intérieur, il n’y a qu’une seule pièce avec un coin cuisine, avec un four et un frigo, puis de l’autre côté quatre lits pour elle et son mari et leurs trois grandes filles (qui font des études à Oruro). Dans un coin, il y a les réserves de nourriture et dans le fond, des affaires (vêtements, couvertures). Voilà, c’est tout mais tout de même plus confortable que la maison des éleveurs de lamas qui nous ont accueillis.

Encore un petit poste militaire pour partir.

Le soir, nous campons dans un grand trou, sans doute une ancienne carrière, pour nous protéger du vent qui fait encore rage (mais qui nous a bien aidé toute la journée !). Autour d’un bon feu qui nous apporte toujours beaucoup de réconfort, nous nous mettons à faire des essais culinaires concluants : espèce de pain fait dans une poêle remplit d’huile (entre le chapati indien et le pain frit), bananes cuites au feu de bois, hum, délicieux ! Olwéane trouve un os de lama pour manger ses chapatis sans se brûler !

Sur la route qui mène à Huachacalla, nous croisons de nombreux (enfin, tout est relatif, plus nombreux que zéro !) véhicules. Quelque chose doit se tramer dans le coin ! Effectivement, il y a une grosse fête dans un village voisin, Pacocahua, la fête du seigneur de l’exaltation (« Señor del exaltacion ») qui dure plusieurs jours… Il doit exalter de nombreuses personnes et surtout assez aisées car les véhicules sont de gros 4×4 ou pick-up avec des personnes, comment dire, bien portantes et qui viennent de loin ! Celles que nous avons interrogées étaient toutes des chefs d’entreprise. Cela nous change radicalement d’univers. Certains s’arrêtent pour faire des photos, nous donner une bouteille d’eau ou nous donner des oranges. Ils nous disent « votre voyage, c’est la vie » ou « l’eau, c’est la vie ». Un conducteur nous explique qu’ils viennent de loin (Cochabamba, 500 km) pour la fête, et que lors des fêtes comme celle-là proche de la frontière chilienne, ils s’échangent de l’argent, une fois il va donner 1000$US, et à une prochaine fête, on lui donnera 1000$US. On n’a pas réussi vraiment à creuser le pourquoi du comment, mais c’est original ! Tous nous préviennent de faire attention aux véhicules qui reviennent de la fête car les conducteurs ont beaucoup bu !

Fête Bolivienne (selon Olwéane)

Le soir, nous dormons dans un village fantôme à l’abri du vent grâce aux maisons. Le gymnase est flambant neuf (le terrain de basket est parfait pour toi Clément !), la place aussi, un mélange de maisons en adobe et de maisons neuves en briques. La seule âme qui vive dans le coin est un vieux monsieur sourd qui fait son pain frit (« buñuelo »). Au moins, nous ne risquons pas d’être dérangé cette nuit !

Le lendemain (samedi 15 septembre 2018) nous attend un petit col qui nous fait du bien dans ce paysage plat et désolé. Une descente puis on arrive en vue de l’étendue immense au sud qui correspond à l’ancien lac Tauca qui recouvrait les salars de Coipasa, d’Uyuni et le lac Poopó. A ce moment là, Pascal a besoin d’un petit remontant !

Alors que nous descendons vers Huachacalla, Pascal s’exclame : « Nous allons taper haut, nous allons viser l’hôtel le plus luxueux de la ville et négocier les prix puisque ça marche à tous les coups, peut-être y aura-t-il même une piscine ! », acclamation générale, nous avons très envie de petits coins douillets ! En arrivant, nous apercevons de petits immeubles tout colorés, à la peinture fraîchement appliquée. Ce sont sûrement des hôtels, nous y fonçons. Mais… tout est fermé, pas un hôtel à l’horizon !! Nous apprendrons plus tard que ces immeubles sont construits par les expatriés qui ont fait fortune en Argentine avec le commerce de vêtements ou autre. Ils reviennent en moyenne quatre fois par an pour faire la fête… le reste du temps, ils sont vides !

La ville est vide, tout est fermé car ces jours-ci sont des jours de fête dans le village d’à côté, à Escara, où tout le monde est parti. Aussi, Huachacalla nous fait l’effet d’une ville fantôme (un cran au dessus du village fantôme 😉 ), poussiéreuse et ventée, quelle idée de vivre ici pense-t-on !

Il est trop tard dans la journée pour continuer notre route (ou plutôt piste) et camper sur la route, nous devons de plus nous ravitailler et nous sommes épuisés. Nous cherchons un logement en demandant à plusieurs personnes. On nous indique deux « hôtels », le premier est chez un boulanger qui propose une chambre au milieu des casseroles, avec des matelas de paille comme on aime tant, sans de douche (bon ça on peut s’en passer) et surprise du chef, sans toilettes !!! Nous ferons nos besoins dans les casseroles ?! Le tout pour 20 Bolivianos/personne (soit 3 €/pers). A ce prix là, nous avons habituellement des toilettes, une douche chaude et internet. Même si le pain chaud fait notre régal, nous passons donc notre chemin pour aller voir l’autre proposition de chambre : une toute petite chambre pour le même prix, mais cette fois avec deux matelas de paille par terre et toujours sans douche et ni toilettes. Là, ça dépasse nos limites ! Mieux vaut planter les tentes à la sortie de la ville ou sur le stade de foot. Avant d’aller demander aux militaires si nous pouvons dormir dans leur caserne (à défaut de pompiers), nous poursuivons nos investigations et toquons chez un autre boulanger dont on nous a dit qu’il connaissait tout de la ville. Bien nous en a pris, le boulanger a eu pitié de nous et nous propose une pièce de sa maison, pièce grande, que l’on nettoie rapidement et qui peut accueillir nos deux tentes (nous préférons dormir dedans, elles sont toutes propres), nous sommes ravis ! Et le grand luxe, il y a même des toilettes au fond de la cour !!! Les enfants se mettent vite à jouer avec les siens et nous passons une bonne soirée.

Ils ont cinq enfants, ils logent encore un couple de personne âgées qui travaillent. Il est boulanger, et aussi taxi, éleveur de lamas. D’ailleurs nous nous apercevons que sa mère est venue discuter avec nous alors que nous faisions la pause déjeuner dans un autre village fantôme la veille (Japon) ! Elle garde les lamas au village, et comme elle nous disait, il n’y a plus que des vieux ici, les jeunes partent dans les villes… Leur cuisine est remplie de choses et d’autres, de la nourriture, des poules, des carcasses, toujours sans table et de petits tabourets…


Le lendemain, nous partons pour Chipaya, il y a encore une quarantaine de kilomètres sur des pistes de tôles ondulées et sablonneuses et encore beaucoup de voitures qui vont et viennent à la fête d’Escara (encore du même seigneur de l’exaltation) à une quinzaine de kilomètres de là, nous recouvrant chaque fois de poussière. Nous allons doucement, les filles sont fatiguées. Une énième voiture s’arrête, nous pensons : « Bouteille d’eau ? Oranges ? Photos ? ». Pascal lance : « S’ils proposent de nous prendre, on dit quoi ?! ». Nous n’avons pas le temps de répondre, Wara sort du pick-up et propose de nous déposer à Escara ! Nous n’hésitons pas longtemps et montons tout heureux.

Wara, son mari Sendulfo et leur fille de 3 ans Mickaela, se rendent à la fête d’Escara pour ce dimanche. Lui est chef d’entreprise électrique – Hipnos (et bien mon coco, il y a du boulot en Bolivie !!) et elle est médecin (mais ne travaille pas pour l’instant). Ils habitent à Oruro (200 km d’ici) et ont le cœur posé sur la main. Arrivés à Escara, ils décident de continuer et de nous déposer à Chipaya car ils n’y sont jamais allés ! Ils sont notre bonne étoile, rencontrée à point nommé pour nous revigorer. Nous espérons les accueillir en France quand ils viendront en visite, peut-être l’année prochaine !


Nous arrivons à Chipaya comme dans un autre pays. Le paysage est un mélange de jaune (des petites touffes d’herbe « chici » – nom dont nous ne sommes pas sûrs), de blanc (du « coipa ») et de marron de la terre, le tout parsemé de petites huttes rondes en adobe avec des toits de chaumes et des portes en bois de cactus.

Le coipa est une sorte de salpêtre, composé de carbonate de sodium qui forme souvent un mélange avec d’autres sels tels que des sulfates et chlorure. De couleur blanche, il a un aspect poudré et un goût légèrement épicé. Il est différent du sel ordinaire (chlorure de sodium). Il est utilisé par les locaux pour se laver les cheveux et les vêtements.

Dans ce paysage désolé, il y a de la vie, c’est enchanteur. Les Chipayas seraient les descendant de la plus ancienne ethnie peuplant l’altiplano, datant de 2 500 ans avant JC. C’était un peuple nomade dont le territoire s’est rétréci au fur et à mesure de l’histoire, un peuple de l’eau comme nous ils nous l’ont dit plusieurs fois : « Somos hombres de agua ». Ils sont des pêcheurs, attrapent des oiseaux aquatiques, gèrent l’eau pour leur plantation, en particulier de quinoa, pour lequel ils lavent le sol de coipa pendant deux ans en détournant l’eau des rivières, avant de la planter. Ils sont actuellement plus de 2 000 habitants et conservent leur langue unique, leur tradition vestimentaire et de construction. La responsable du tourisme de Chipaya nous a indiqué un film présentant leur vie que vous pouvez voir ici ainsi que le site internet de leur communauté.

Nous trouvons à loger dans l’auberge, bâtiments ronds, gérée par la communauté qui a été en partie financée par l’Union Européenne (comme à Tomarapi). Nous y sommes super bien, eau chaude solaire (il ne faut pas prendre sa douche trop tard), bons lits. Ouf, nous allons pouvoir relâcher quelques jours pour nous requinquer. Pedro (le gérant pour l’année) et Eduardo (qui s’occupe de l’accueil) sont adorables et aux petits soins. Ils nous donnent accès à la cuisine, étant les seuls touristes et, a priori, les premiers voyageurs à vélo arrivés ici.

Les Chipayas ont obtenu une certaine autonomie de gouvernement depuis 2017 et essaient de dynamiser le tourisme. Le matin, nous faisons un petit tour avec Santos qui nous parle de leur vie d’antan et d’aujourd’hui. Ils élèvent des moutons et des lamas qui ont la viande un peu salée ! Ils font pousser du quinoa et du kañiwa ou cañihua (Chenopodium pallidicaule), plante qui résiste aux conditions climatiques extrêmes avec une teneur importante en protéines (16%) et fer et présente de 10 acides aminés essentiels. Les gens vivent de plus en plus en dans le bourg de Chipaya et garde leurs maisons rondes en adobe pour garder les troupeaux.

Les maisons situées aux alentours et à perte de vue sont rondes car elles sont plus chaudes. Dans le bourg, il y a un mélange de maisons rondes et de maisons rectangulaires en adobe et en brique, la transition se fait irrémédiablement pour des raisons pratiques.

Dans le cimetière très fleuri, trône les crânes des ancêtres selon la tradition (si nous avons bien tout compris?!).

Il y a actuellement trois guérisseurs qui soignent avec les plantes qu’ils vont chercher dans les montagnes. Le recours au « centro de salud » se fait en deuxième intention. Les rats ont fait leur apparition depuis deux ans, dû au changement climatique pense-t-il. Le bois cactus, pour faire les portes et les charpentes, ils vont le chercher loin dans les montagnes. Le vent violent que nous avons eu ces derniers jours (il y a toujours un violent vent d’ouest l’après-midi quand il y a la fête à Escara apparemment), ils l’ont toute la journée pendant trois mois de mai à juillet… Tout est plus vert à la saison des pluies (novembre à mars). A présent, il y a de moins en mois d’eau, du fait du changement climatique et de l’urbanisation qui puise dans les cours d’eau en amont… un paradoxe pour ce peuple de l’eau qui arrive pourtant à s’adapter.

Nous nous mijotons de superbes petits repas dans cette cuisine bien mieux équipée que chez nous et avec un four. Et cela d’autant plus que nous avons pu acheter plein de fruits et légumes au camion qui faisait sa tournée hebdomadaire (on a cru perdre les filles dans le camions tellement c’était l’euphorie : « Papa Maman, il y a des pastèques, des oranges, des pommes, des haricots verts, etc. »)

et que Pedro nous offre des côtes et une cuisse de mouton qui languissait dans la remise à l’air libre (pas de frigo ici, c’est inutile 😉 ), Pascal et Olwéane les dévorent ! Les filles passent leur journée à faire la cuisine : haricots verts, purée de pomme de terre (Lilwen est dans le coup, croyez-nous !), tarte aux fruits, gâteau au chocolat, etc. Nos ventres sont hyper contents, ça nous fait un bien fou !!

Nous passons deux belles journées. Nous faisons une petite visite à l’école. Il y a 160 élèves, la maitresse des 5 ans nous accueille très gentiment en manteau (tout comme les médecins qui mettent leur manteau sur leur blouse dans les « centros de salud » de Bolivie et du Pérou, car il n’y a jamais de chauffage). Elle vient d’Oruro, elle apprend à ses élèves le Castillan (Espagnol) et ses élèves lui apprennent l’Uru-Chipaya car les langues locales sont au programme et cette langue a été reconnue comme langue officielle dans la nouvelle constitution bolivienne. L’Uru-Chipaya est radicalement différent du quechua et de l’aymara.

Nous sommes interviewés pour la radio locale par la responsable du tourisme, mâchant de la coca, avec son téléphone portable dans le hall de la mairie ! Le début de la célébrité, c’est sûr, eh eh eh !


Le soir, nous sommes invités à assister à une séance de pièces de théâtre par des collégiens sur le thème de la séquestration de personnes pour leur voler leurs organes – pratique qui est présente dans quelques grandes villes en Bolivie et surtout au Mexique. Lorsque nous arrivons au collège, nous assistons à la séance de poésie avant que les pièces commencent. Les poésies sont composées et déclamées par les élèves sur le thème de la mer. Ce Thème est très sensible et dramatique pour les Boliviens qui ont perdu l’accès à la mer en 1904 en cédant un territoire au Chili suite à la guerre du Pacifique. Voir ces jeunes adolescents déclamer leurs poésies avec tant d’ardeur et d’élans dramatiques nous renvoie un certain malaise sur les facultés des pouvoirs politiques à enrôler les foules derrière des objectifs vains… Finalement, après plus d’1h30 de poésie, nous préférons rentrer nous coucher, ne comprenant pas à quelle heure les pièces vont commencer.

Pour notre départ, Pedro et Eduardo ont revêtu leurs habits traditionnels de fête et de grandes occasions. Nous sommes très touchés.

Nous sentons qu’ils veulent s’impliquer dans l’accueil des touristes, augmenter l’activité de ce coin de Bolivie si spécial, ils vont de l’avant et veulent préserver leur culture. Nous recommandons fortement la visite de Chipaya où l’accueil si chaleureux que nous avons reçu et leur culture si différente du reste de la Bolivie nous ont profondément marqués.

Si vous souhaitez voir détail de cette étape, cliquez sur l’image ci-dessous. Total compteur : 2 202 km.

9 commentaires

  1. Et nous… nous avons éclaté de rire en voyant Pascal au col…
    Et vive la cuisine de Chipaya !
    Bises à vous 5,
    Marie-Alice et Jean-Claude

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  2. Nous nous extasions comme vous, devant les merveilles de la nature!!! J’adore les filles dans les dunes! Merci pour ces Grands écrits!!!!
    Mamie

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  3. Petit déjeuner en votre compagnie ce matin… Invitation au voyage dans ces contrées lointaines… Merci pour ce moment d’évasion avec des images superbes !… Bravo à tous. Bises. Chantal G

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  4. Super ce que vous faites. Je vous suis silencieusement, et les photos me rappellent d’excelents souvenirs..!!!
    J’espère que vos roues tournent bien ronds, ainsi que tout le reste 😊😊

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  5. Bravo la famille Warrior pour votre effort collectif et les belles images que vous nous faites partager! Quel aventure de vous suivre de loin. Que de souvenirs vous aurez récoltés tout au long du chemin. C’est super. Bises. Marion

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  6. Super!heureuse de voir que tout va bien.Alicia s’inspire de vos découvertes et expériences pour son travail de francais( imaginer un endroit inconnu que vs découvrez à faire façon journal de bord)grâce à vs, les idées fusent😊Bisous à tous,carole.

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